Prix & budgets · Suisse
Régie ou forfait : les deux façons de payer un artisan, et celle qui vous coûte le plus
Prix ferme, prix unitaire, prix global, régie : quatre mots qui décident qui supporte le risque du chantier. Le devis les emploie rarement, la loi les définit précisément.

Sur un devis, la différence tient parfois à trois mots : « prix forfaitaire », « selon métré », ou « en régie ». Ces trois mentions décrivent le même travail. Elles ne décrivent pas le même contrat.
Ce qui change entre elles, ce n’est pas le montant. C’est qui supporte le risque que le chantier prenne plus de temps ou plus de matière que prévu.
Le droit suisse en distingue deux familles, et la norme SIA 118 en détaille quatre variantes. Voici lesquelles, et ce que chacune vous engage à payer.
Deux familles : prix fermes et prix effectifs
Le Code des obligations pose la distinction en deux articles.
Le prix ferme, article 373 CO. « Lorsque le prix a été fixé à forfait, l’entrepreneur est tenu d’exécuter l’ouvrage pour la somme fixée, et il ne peut réclamer aucune augmentation, même si l’ouvrage a exigé plus de travail ou de dépenses que ce qui avait été prévu. »
L’alinéa 3 du même article pose la contrepartie, que les maîtres d’ouvrage oublient volontiers : « Le maître est tenu de payer le prix intégral, même si l’ouvrage a exigé moins de travail que ce qui avait été prévu. »
Le forfait n’est donc pas une faveur qu’on vous fait. C’est un échange de risques, dans les deux sens.
Une soupape existe, à l’alinéa 2 : si l’exécution est empêchée ou rendue excessivement difficile par des circonstances extraordinaires et impossibles à prévoir, le juge peut augmenter le prix ou résilier le contrat. Le seuil est haut. Une mauvaise estimation n’y suffit pas.
Le prix effectif, article 374 CO. « Si le prix n’a pas été fixé d’avance, ou s’il ne l’a été qu’approximativement, il doit être déterminé d’après la valeur du travail et les dépenses de l’entrepreneur. »
C’est la régie. Vous payez ce qui a été fait, mesuré en heures et en matériaux.
Les trois prix fermes de la SIA 118
Quand le contrat renvoie à la norme SIA 118, ce qui est le cas de la plupart des contrats d’entreprise suisses, la famille des prix fermes se subdivise. Le professeur Benoît Carron, avocat spécialiste en droit de la construction, en fait la présentation de référence pour la Fédération des métiers du bâtiment genevoise.
Le prix unitaire (art. 39 SIA 118). Il fixe la rémunération due pour chaque prestation d’un article du descriptif, par unité de quantité : le mètre carré de carrelage, le mètre cube de béton, la pièce. Le maître indique dans le descriptif les quantités estimées au moment de l’appel d’offres. À la fin, on mesure ce qui a été posé : c’est le métré.
Le prix de l’unité est ferme. La quantité ne l’est pas. Si le descriptif annonce 40 m² de carrelage et qu’on en pose 46, vous payez 46.
Le prix global (art. 40 SIA 118). Les parties conviennent d’un prix pour une prestation, une partie de l’ouvrage ou son ensemble. Ce prix est ferme et indépendant des quantités. La norme précise que les dispositions relatives au renchérissement, aux articles 64 à 68, s’appliquent à ce type de prix.
Le prix forfaitaire (art. 41 SIA 118). Même logique, sans la clause de renchérissement. C’est la différence entre les deux, et elle n’est pas cosmétique : dans une période de hausse des matériaux, un prix global peut être adapté selon le mécanisme prévu par la norme ; un prix forfaitaire, non.
L’article 38 chapeaute l’ensemble : l’entrepreneur ne peut pas réclamer d’augmentation lorsque les travaux ou les coûts dépassent ce qui était prévu à la conclusion du contrat, sauf circonstances particulières aux conditions des articles 58 à 61.
Retenez la hiérarchie du risque, du plus protecteur pour vous au moins protecteur : prix forfaitaire, prix global, prix unitaire, régie.
La régie, et le tarif qui s’applique quand rien n’est écrit
L’article 48 de la norme est laconique : « Les travaux en régie sont rémunérés en fonction des heures et des matériaux utilisés, conformément aux dispositions des art. 49 à 55. »
L’article 49 est celui qu’il faut connaître. Il pose trois règles en cascade :
- Si le contrat fixe les prix applicables aux travaux en régie, ces prix sont déterminants, et ils demeurent inchangés pendant toute la durée des travaux. Les prix non prévus sont fixés par analogie.
- Si le contrat ne fixe pas de prix, on applique les tarifs de régie des associations professionnelles, en vigueur au moment et au lieu d’exécution des travaux.
- À défaut, on applique les tarifs en usage au lieu et au moment considérés.
Autrement dit : ne rien écrire ne vous protège pas. Cela remet simplement la fixation du tarif à un document que vous n’avez pas lu, publié par une association dont vous ne connaissez pas le nom.
Ce que vaut une heure
Pour situer les ordres de grandeur, le relevé de tarifs horaires publié par la plateforme suisse Baunex en avril 2026 donne les fourchettes suivantes, pour les prix facturés :
| Métier | CHF/h | Apprenti ou aide |
|---|---|---|
| Sanitaire, chauffage | 100 à 150 | 60 à 80 |
| Couvreur | 100 à 150 | 60 à 80 |
| Électricien | 95 à 145 | 55 à 75 |
| Menuisier | 95 à 140 | 55 à 75 |
| Carreleur | 90 à 130 | 50 à 70 |
| Peintre, plâtrier | 85 à 125 | 50 à 70 |
| Paysagiste | 80 à 120 | 45 à 65 |
Le même relevé situe les tarifs de 10 à 20 % au-dessus de la moyenne à Zurich, Bâle et Genève, et de 10 à 15 % en dessous en zone rurale.
Deux enseignements pratiques. D’abord, la colonne de droite : en régie, la qualification de la personne présente sur le chantier change la facture. Un contrat de régie sérieux distingue les taux par catégorie. Ensuite, ce que couvre le tarif : selon la décomposition publiée par Baunex, environ 35 à 40 % de salaire brut, 15 à 18 % de charges sociales, 20 à 25 % de frais généraux, 10 à 15 % de marge et 10 à 15 % de temps non facturable. Le tarif horaire n’est pas un salaire.
Quand chaque mode est légitime
La régie a mauvaise réputation. Elle ne la mérite pas toujours.
La régie est le bon mode lorsque l’étendue du travail est réellement inconnue au moment de la commande : une reprise de charpente sous une toiture qu’on n’a pas encore ouverte, une recherche de fuite, une remise en état après sinistre. Demander un forfait dans ces cas revient à demander à l’entrepreneur de chiffrer une inconnue, et il la chiffrera avec une marge de sécurité que vous paierez, qu’elle serve ou non.
Le forfait est le bon mode lorsque la prestation est entièrement définie : une cuisine sur plan, un remplacement de fenêtres avec les dimensions relevées, une pompe à chaleur dont le modèle est choisi. Là, un artisan qui refuse le forfait vous dit quelque chose sur son degré de préparation.
Le prix unitaire est le mode des chantiers mesurables dont on ne connaît pas encore la quantité exacte : terrassement, carrelage, chape, peinture.
Le piège classique n’est aucun de ces trois modes. C’est le glissement : un devis forfaitaire, puis des travaux « en plus » facturés en régie, sans que personne n’ait convenu du tarif ni des heures. Le forfait couvre alors une part de plus en plus faible de la facture finale.
La protection que personne n’invoque : l’article 375 CO
Il existe un cas particulier que le Code traite explicitement : le devis approximatif.
L’article 375 CO dispose que lorsque le devis approximatif arrêté avec l’entrepreneur se trouve, sans le fait du maître, dépassé dans une mesure excessive, le maître a le droit, pendant ou après l’exécution, de se départir du contrat.
Et l’alinéa 2 vise précisément les travaux immobiliers : s’il s’agit de constructions élevées sur son fonds, le maître peut demander une réduction convenable du prix des travaux ou, si la construction n’est pas achevée, en interdire la continuation en payant une indemnité équitable pour les travaux exécutés.
Ce texte suppose deux choses : que le devis ait été arrêté avec l’entrepreneur, et que le dépassement soit excessif, non pas simplement supérieur. Il ne dispense pas de réagir vite. Mais il existe, et il est rarement mentionné dans les discussions sur les dépassements.
Rappelons enfin l’article 372 CO : le prix de l’ouvrage est payable au moment de la livraison, et si des livraisons et paiements partiels ont été convenus, chaque partie de l’ouvrage est payable à sa livraison. Un échéancier d’acomptes qui ne suit pas l’avancement est une convention contraire : elle est licite, mais elle se négocie. Payer d’avance, c’est porter le risque d’une faillite ; les sûretés qui le couvrent, de la retenue au cautionnement, sont détaillées dans notre article sur la garantie de construction.
Les cinq lignes à lire sur votre devis
- Le mode de prix est-il nommé ? « Forfaitaire », « global », « selon métré », « en régie ». S’il ne l’est pas, demandez qu’il le soit par écrit.
- Si c’est un prix global : le renchérissement est-il prévu, et selon quel mécanisme ?
- Si c’est du métré : les quantités annoncées sont-elles des estimations ? Elles le sont toujours. Demandez comment le métré final sera établi.
- Si c’est de la régie : les taux horaires par catégorie figurent-ils au contrat ? À défaut, ce sont les tarifs des associations professionnelles qui s’appliqueront.
- Les travaux supplémentaires : comment sont-ils commandés et facturés ? C’est la ligne qui décide de l’écart entre le devis et la facture.
Un devis qui répond aux cinq est un devis comparable à un autre. Un devis qui n’y répond pas n’est pas un mauvais devis : c’est un devis dont on ne connaît pas encore le prix.
Où s’adresser en Suisse romande
Les associations qui éditent les tarifs de régie. C’est le point pratique le plus important de cet article : à défaut de prix convenus au contrat, l’article 49 SIA 118 renvoie aux tarifs de régie des associations professionnelles en vigueur au moment et au lieu des travaux. Autant savoir lesquelles :
- Fédération vaudoise des entrepreneurs, Route Ignace Paderewski 2d, 1131 Tolochenaz, 021 632 10 00
- Association valaisanne des entrepreneurs, Rue de l’Avenir 11, 1951 Sion, 027 327 32 32
- suissetec ferblanterie-sanitaire Vaud, Rue du Maupas 34, 1001 Lausanne, 021 647 24 25
- FRECEM, charpenterie, ébénisterie et menuiserie, Chemin de Budron H6, 1052 Le Mont-sur-Lausanne, 021 652 15 53
- Fédération Romande du Carrelage, Chemin de l’Islettaz 5, 1305 Penthalaz, 021 881 17 10
Des entreprises qui facturent sous ces régimes. À titre d’exemples vérifiables, membres de leurs associations respectives : DuoTech Sàrl, Rue du Pichiou 25, 3966 Réchy, et Valcalorie SA, Route de Bramois 2, 1950 Sion, 027 203 35 15, pour le chauffage et le sanitaire ; Sassi Carrelages Bulle SA, Rue de l’Étang 17, 1630 Bulle, 026 912 94 45, pour le carrelage.
Les fournisseurs, dont les prix de matériaux nourrissent la ligne « matériaux » d’un rapport de régie :
- Bringhen SA, Rue de la Potence 5, 3960 Sierre, Bringhen Group
- Jaquet SA, Rue de Lausanne 72, 1337 Vallorbe, 021 965 40 40, Groupe R
- Gétaz-Miauton SA, Chemin du Vallon 23, 1030 Bussigny
- Debrunner Acifer SA Romandie, Route de Bussigny 29, 1023 Crissier
Le prix d’achat n’est pas le prix facturé : demandez comment les matériaux sont majorés en régie, c’est une question légitime et rarement posée.
Adresses relevées le 18 août 2026 sur les sites des entreprises et des associations concernées. Elles sont publiées à titre de service et ne constituent pas une recommandation de la rédaction.